Mendicité : CEDH : l’arrêt Lacatus n’est pas remis en cause par l’arrêt Dian.

Dans l’arrêt Lacatus, la CEDH a estimé que l’amende infligée à une personne pour avoir mendié sur la voie publique « a atteint sa dignité humaine et l’essence même des droits protégés par l’art. 8 » parce que cette personne « extrêmement vulnérable » « n’avait très vraisemblablement pas d’autres moyens de subsistance et, dès lors, pas d’autre choix que la mendicité pour survivre » (point 115).

La Cour y a reconnu le « droit, inhérent à la dignité humaine, de pouvoir exprimer sa détresse et à essayer de remédier à ses besoins par la mendicité » (point 107).

Elle a conclu, à l’unanimité, à la violation de l’article 8 sur le droit au respect de la vie privée (points 116 et 117).

Toutefois, un droit en tant que tel à la mendicité sur base de l’art. 8 de la Convention n’a pas été reconnu par l’arrêt Lacatus, précise l’arrêt Dian contre le Danemark (« The Court did not conclude that there was a right as such under Article 8 of the Convention to beg ») en son point 44.  Dans l’arrêt Dian, la Cour relève des différences avec l’affaire Lacatus : pas d’interdiction générale de la mendicité et pas de certitude que la mendicité ait été la seule ressource possible du requérant (point 53) ; par exemple, il envoyait régulièrement de l’argent à sa famille en Roumanie où il possédait une maison (point 47).

En conclusion, l’arrêt Dian ne constitue pas un revirement de jurisprudence par rapport à l’arrêt Lacatus. La Cour constate seulement que les deux affaires sont fondamentalement différentes.

Jean-Marie Visée

Membre du Comité juridique européen

Arrêts cités :

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